Six mois. Trois plateformes. Un seul client e-commerce. Et une facture cumulée d’automatisation qui m’a appris plus que dix livres blancs.
En avril 2025, j’ai pris en main les automatisations d’une marque de mobilier scandinave vendue exclusivement en ligne. CA annuel : 1,8 M€. Six personnes en interne, dont aucun profil tech. Mission : tout réorganiser, tester sérieusement n8n, Make et Zapier en production, et choisir.
Voici ce que j’ai appris. Sans langue de bois et sans affiliations cachées.
- 1Le contexte client (essentiel pour comprendre)
- 2Round 1 : Zapier (mois 1 et 2)
- 3Round 2 : Make (mois 3 et 4)
- 4Round 3 : n8n self-hosted (mois 5 et 6)
- 5Le verdict 6 mois après : pourquoi j’utilise les 3
- 6La matrice de choix que j’utilise maintenant
- 7Les 4 erreurs que je vois tout le temps
- 8FAQ rapide
- 9Pour aller plus loin
Source : Statista Enterprise Software Outlook 2025 + Forrester Wave Workflow Automation Q2 2025 — voir la source
Le contexte client (essentiel pour comprendre)
Marque qu’on va appeler « Nord Studio » (anonymisée). Stack en place début mission : Shopify, Klaviyo, Gorgias, Sendcloud pour la logistique, Notion pour le back-office, Pennylane pour la compta, Slack pour la communication interne.
Liste des workflows à automatiser (38 au total) :
- Synchronisation commandes Shopify → Gorgias avec contexte client enrichi.
- Génération automatique des étiquettes de livraison avec règles métier.
- Relance abandon panier intelligente (paliers de panier).
- Reporting hebdomadaire CA / marge envoyé sur Slack.
- Création automatique de factures Pennylane à partir de commandes Shopify.
- Suivi des avis clients avec alerte si note ≤ 3 étoiles.
- Et 32 autres workflows divers.
Volumétrie : environ 280 commandes par jour, pics à 700 en période promo. C’est ce volume qui change tout dans le calcul.
Round 1 : Zapier (mois 1 et 2)
J’ai démarré sur Zapier. Pas par préférence : par pragmatisme. Le client avait déjà 6 zaps existants, créés par un précédent freelance. Plan en cours : Professional, à 73 € par mois.
J’ai poussé jusqu’à 19 zaps actifs en deux mois. Et là, c’est l’addition.
Au volume de Nord Studio (environ 8 400 tâches mensuelles), Zapier coûte selon mes mesures réelles : 289 € HT/mois sur le plan Company. Avec une particularité agaçante : chaque « step » d’un zap consomme une tâche. Un workflow à 7 étapes ? Sept tâches. La facture grimpe vite.
L’expérience produit reste imbattable. Setup d’un zap simple : 4 minutes chrono. La bibliothèque d’intégrations est titanesque (7 000+). Pour un workflow basique, c’est la solution la plus rapide à déployer du marché.
Mais sur les workflows complexes — boucles, conditions imbriquées, transformations de données — Zapier devient pénible. Les « Paths » sont limités, les filtres se cumulent maladroitement. Et impossible de débugger sereinement : les logs sont sommaires.
Round 2 : Make (mois 3 et 4)
Bascule sur Make (anciennement Integromat). J’ai migré 14 workflows sur 19 en 11 jours-homme. Plan choisi : Pro, à 16 € par mois pour 10 000 opérations.
Premier choc : la consommation de « opérations » est 3 à 5 fois plus efficace que les « tâches » Zapier. Un workflow équivalent coûte beaucoup moins cher.
Mais Make consomme à chaque « module » exécuté, et chaque module qui itère sur un tableau de 50 items… ça compte 50 fois. Sur le workflow « synchronisation des commandes journalières », j’ai explosé mon quota en 12 jours.
Bascule sur Make Teams à 28 € pour 40 000 opérations, puis Make Enterprise à 92 €/mois sur devis pour 150 000 opérations. Au total Nord Studio paie Make 92 € + 18 € de modules premium = 110 € HT/mois au volume cible.
Avantages techniques : interface graphique brillante, debug visuel exceptionnel, gestion native des tableaux et boucles, modules HTTP/JSON puissants. Pour quelqu’un qui veut un compromis entre puissance et accessibilité, Make est sans doute la meilleure réponse 2026.
Deux bémols : la latence d’exécution est notable (parfois 30-60 secondes pour des workflows simples) et la traduction française est inégale, ce qui ralentit la formation des équipes.
Round 3 : n8n self-hosted (mois 5 et 6)
Décision risquée pour un client non-tech : passer sur n8n auto-hébergé. Argument : un VPS Hetzner à 8 €/mois et une licence Community gratuite. Le coût d’exploitation passe sous la barre des 15 €.
Le piège prévisible : qui maintient ? La réponse honnête : moi, ou quelqu’un comme moi, en infogérance. Compte 1 jour-homme par trimestre pour les mises à jour, monitoring, et corrections d’incidents. À 700 €/jour facturés, ça fait 2 800 €/an.
Mais sur 12 mois projetés, le TCO (coût total de possession) reste inférieur à Make et largement inférieur à Zapier.
Côté capacités : n8n est techniquement le plus puissant. Code JavaScript inline, gestion native des LLM (nodes OpenAI, Anthropic, Mistral), webhooks illimités, exécutions parallèles. J’ai porté tous les workflows complexes dessus, en gardant Make pour les automatisations « métier » gérées par l’équipe non-tech du client.
Le verdict 6 mois après : pourquoi j’utilise les 3
Surprise. Je n’ai pas choisi un outil. J’en ai gardé trois. Voici comment Nord Studio tourne aujourd’hui :
- Zapier : 3 zaps conservés pour des intégrations exotiques où Zapier est le seul à proposer le connecteur natif. Plan Starter à 24 €/mois.
- Make : 11 workflows métier gérés par l’équipe interne (forme la plus accessible aux non-techs).
- n8n self-hosted : 24 workflows complexes ou volumineux, dont tous ceux qui touchent à l’IA.
Coût total mensuel : 24 + 110 + 14 (hébergement) = 148 € HT/mois. À comparer aux 289 € HT/mois avec Zapier seul. Économie annuelle de 1 692 € HT.
La matrice de choix que j’utilise maintenant
- Zapier : équipe non-tech qui doit créer ses workflows soi-même, volume modéré (< 2 000 tâches/mois), nécessité d’un connecteur ultra-spécifique.
- Make : équipe mixte (un référent un peu technique), workflows à logique conditionnelle, volume modéré à élevé, besoin de debug visuel.
- n8n self-hosted : volume élevé (> 10 000 exécutions/mois), workflows IA-intensifs, contraintes RGPD strictes (données européennes uniquement), budget contraint long terme.
Les 4 erreurs que je vois tout le temps
Voici les pièges que je rencontre quasi-systématiquement quand on me passe une mission d’audit automatisation :
- Cumul de plans. Trois ou quatre comptes Zapier dispatchés, doublons d’abonnements, pas de revue annuelle. J’ai vu une boîte payer 760 €/mois pour 22 zaps dont 9 désactivés depuis 8 mois.
- Pas de monitoring centralisé. Quand un workflow casse, personne ne sait. Mettre en place un canal Slack dédié « automation-alerts » change la vie.
- Workflows non documentés. Le freelance part, plus personne ne comprend la logique. Un README dans Notion par workflow, c’est non négociable.
- Logique métier dans la plomberie. Mettre des règles business dures dans un Zap ou un scenario Make rend la mise à jour pénible. Externaliser via Airtable / Google Sheets / DB SQL est plus propre.
FAQ rapide
n8n est-il vraiment moins cher que Zapier ?
En coût brut d’abonnement, oui — la licence Community est gratuite. Mais une fois intégré le coût d’hébergement, de monitoring et d’infogérance pour rester à jour, l’économie réelle dépasse 50% seulement à partir d’un volume d’exécution conséquent (au-delà de 5 000 par mois selon mes mesures).
Make ou Zapier pour démarrer ?
Pour une équipe sans aucune compétence technique qui doit créer 5 à 10 workflows simples, Zapier reste plus rapide à prendre en main. Dès qu’on a besoin de logique conditionnelle, de boucles ou de manipulation de tableaux, Make devient le meilleur compromis.
Peut-on faire de l’automatisation IA avec ces 3 outils ?
Oui, les trois plateformes proposent des connecteurs OpenAI, Anthropic et autres fournisseurs LLM. n8n offre la plus grande flexibilité (nodes natifs et possibilité de coder en JavaScript), Make propose une intégration solide via ses modules HTTP, Zapier reste limité par sa logique d’étapes séquentielles.
🔗 Pour aller plus loin
- ▸7 frameworks d’agents IA testés — pour les workflows qui dépassent ce que n8n/Make/Zapier savent faire.
- ▸Automatisation IA et productivité — la vision macro de la productivité IA en entreprise.
- ▸Reporting Data boosté à l’IA — un des cas d’usage les plus rentables à automatiser.
- ▸11 prompts pour dirigeants — les prompts à intégrer dans vos workflows automatisés.
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